Diseños para el futuro. Los primeros objetos

Designs du futur : Les premiers objets

Duración: 60'

QU’EST-CE QUE LE DESIGN ?

« Projet, plan qui configure quelque chose »
Traduction en français de la définition de la Real Academia Española

Le mot design évoque la modernité, l’innovation, la mode, la tendance… Cependant, on constate que ce concept apparemment très actuel s’inscrit dans la nature même de l’homme depuis ses origines, car il s’agit de quelque chose d’inhérent à sa capacité de penser. Du point de vue anthropologique et archéologique, on sait que l’être humain a créé depuis des temps reculés des objets remplissant des fonctions qu’il ne pouvait accomplir lui-même. C’est là qu’a commencé l’histoire du design.

Le MAN conserve des objets essentiels à cet égard. Ce sont des exemples des premiers objets conçus par l’être humain pour pallier à ses limites physiques, exploiter les ressources naturelles et s’adapter à son milieu pour améliorer ses conditions de vie et accroître son confort. Ces instruments ont façonné les cultures passées et survécu au passage du temps jusqu’à nos jours, faisant encore partie de notre culture et de nos valeurs.

Or, toute création est basée sur une conception préalable qui met en exergue la créativité humaine et la valeur des objets bien pensés, contribuant ainsi à déterminer ce que l’on considère comme un design de qualité. De nombreux aspects et fonctions sont à prendre en compte dans cette discipline, comme nous le verrons au gré de cet itinéraire. On y trouvera des explications sur les premiers objets créés par l’être humain au début de son histoire, qui ont trouvé leur reflet d’une manière ou d’une autre (de par leur matière, leur technique de fabrication et/ou leur décoration, leur forme, leur esthétique, etc.) dans notre présent, qui est en réalité… leur futur.

LA NAISSANCE DU DESIGN

« L'objet possède sa beauté dès lors que sa forme
est l'expression manifeste de sa fonction »
P. Souriau

Le biface est l’un des premiers objets conçus et élaborés par l’être humain, résultant d’un long processus de transformation d’une pierre permettant à nos ancêtres lointains d’obtenir, à partir d’une conception mentale préalable, un outil ayant la forme souhaitée pour satisfaire des besoins vitaux. Les premiers bifaces ont été réalisés en Afrique il y a 1,5 millions d’années et introduits en Europe il y a plus de 500 000 ans.

Ce biface du Cerro de San Isidro (Madrid), daté d’environ 200 000 ans, est taillé sur les deux faces, d’où son nom, afin d’obtenir une lame tranchante et durable sur tout le pourtour. Il est considéré comme un outil multifonction permettant de couper du bois, de dépouiller ou dépecer des animaux, de frapper, d’extraire des racines, etc. La perfection de sa conception résulte d’une alliance soigneusement étudiée de la matière, de la forme et de la fonction qui atteste la capacité intellectuelle des hommes et des femmes du Paléolithique. Cela témoigne de leur remarquable aptitude de création et d’innovation, mais aussi de leur talent esthétique, qui s’exprime par la beauté de la forme adaptée à la fonction, par la symétrie parfaite et par la beauté des matériaux choisis. A cet égard, on a même émis l’hypothèse qu’ils sélectionnaient consciencieusement les pierres à utiliser. Ils obtenaient ainsi un objet utile à son créateur mais aussi esthétique à nos yeux, pouvant même évoluer jusqu’à devenir un symbole, au-delà de sa simple fonction d’outil.

L’idée pratique du tranchant couvrant tout le périmètre du biface reste très utile actuellement, débouchant sur l’invention d’autres outils tels que la roulette à pizza. Le couteau suisse présente également des similitudes avec le biface de par son caractère multifonctionnel.

 

Bifaz achelense

Bifaz achelense
Sala 5. Vitrina 5.4

LA PERSISTANCE DU DESIGN DE QUALITÉ

« Si vous pouvez concevoir quelque chose, vous pouvez tout concevoir ;
et si vous le faites bien, cela durera toujours »
Massimo Vignelli

L’aiguille est un objet dont le design parfait persiste actuellement et qui était déjà utilisé au Paléolithique supérieur (40 000-10 000 ans), lorsqu’il fut inventé. Malgré la simplicité de sa forme, il était considéré comme l’un des outils les plus complexes de l’époque car il remplissait une double fonction : traverser la matière à coudre et tenir le fil. L’absence de traces d’usure dans la partie supérieure fait penser qu’elle était surtout destinée à traverser des orifices préalablement percés sur les peaux et les cuirs d’animaux à l’aide d’un burin. Les aiguilles étaient confectionnées dans différentes matières – os, corne ou ivoire – et leur fabrication était simple : on brisait un petit morceau d’une de ces matières et, après avoir régularisé la forme par abrasion, on confectionnait le chas en pratiquant un petit orifice dans la partie supérieure avec un burin en pierre. Finalement, on polissait toute la surface.

Cet objet est l’exemple type d’un design de qualité, puisqu’il a survécu pendant des milliers d’années pratiquement sans aucune transformation, remplissant la même fonction. Sa longue durée de vie s’ajoute à la simplicité de sa forme, décisive dans son succès, ce qui montre qu’un bon design consiste à rechercher l’essentiel pour remplir une fonction avec le moins d’éléments possible.

Les aiguilles sont non seulement présentes dans notre vie en tant qu’élément fonctionnel essentiel à tout foyer, mais leur image apparaît également dans des créations artistiques contemporaines, servant de source d’inspiration et de moyen de communication. Cette composition de Chema Madoz en offre un bon exemple.

Aguja magdaleniense

Aguja magdaleniense
Sala 5. Vitrina 5.7

UNE MODE TRÈS ACTUELLE

« Un bon modèle peut faire avancer la mode de dix ans »
Yves Saint Laurent

Les sandales étaient un élément habituel dans l’habillement des agriculteurs et des éleveurs du Néolithique. Celles-ci, trouvées dans la grotte des Murciélagos (Albuñol, Grenade) ont plus de 6 000 ans et ont été conservées malgré la fragilité de la fibre végétale avec laquelle elles ont été confectionnées : du sparte préalablement préparé pour être assoupli.

La sandale est un objet indémodable : conçue sur un modèle très pratique à l’époque, elle continue de répondre parfaitement aux besoins actuels. On trouve assurément des sandales similaires dans n’importe quelle vitrine de nos villes et cela nous semble normal : leur beauté et leur utilité atemporelles sont la preuve éclatante d’une bonne conception. Il est surprenant de constater qu’un des premiers modèles de chaussure possède des qualités matérielles, formelles et techniques si parfaites. C’est un des objets les plus utiles, qui respecte la physionomie du pied et s’y adapte. Ses éléments maintiennent la proportion entre eux et vis-à-vis de l’utilisateur. La sandale facilite la marche en protégeant les pieds et, de par la nature de ses matériaux, elle s’intègre à l’environnement d’où elle provient.

Il s’agit sans aucun doute d’un objet écologique. De fait, la préoccupation notable pour l’environnement chez les stylistes actuels a donné lieu à l’apparition de l’éco-design, une tendance qui s’intéresse à des aspects comme les matériaux, l’énergie consommée et les déchets produits tout au long de la production, de la vie et de la mort des objets.

Lorsque l’on s’intéresse aux créateurs de chaussures les plus prestigieux, on trouve des noms comme Manolo Blahnik , dont l’un des nombreux modèles est une sandale qui est encore basée sur la semelle de sparte héritée du Néolithique. Cela montre qu’un objet de conception si ancienne peut subsister au fil du temps pour rester de nos jours un article très actuel.

Sandalia neolítica

Sandalia neolítica
Sala 7. vitrina 7.3

TENDANCES ABSTRAITES

« Le design abstrait rejette la copie de tout modèle extérieur, reflétant clairement la conscience de son auteur »

L. Bellassai

Cette plaque de pierre découpée et gravée de motifs géométriques, appelée « idole plaque », vient de Granja de Céspedes (Badajoz). Elle fait partie d’un groupe d’objets de petite taille et de forme variable réalisés au Chalcolithique dans divers matériaux : os, ivoire, pierre, argile, etc. Ces objets reçoivent le nom d’idole (idoles plaques, idoles aux yeux en pierre, idoles-phalange…), bien que l’on ne puisse affirmer que leur fonction soit liée au domaine des croyances. Cependant, ces effigies nous permettent de mieux connaître nos ancêtres de ces époques car leur dessin s’inspirait généralement de la figure humaine.

Les différentes idoles plaques arborent des traits anthropomorphes abstraits (épaules, tête, yeux écarquillés) et divers éléments vestimentaires ornés de motifs géométriques incisés très semblables mais avec de petites variantes, qui les ont conduits à être considérés comme des éléments symboliques permettant de distinguer un individu ou un groupe parmi d’autres.

Du point de vue du design, il convient de souligner la synthèse conceptuelle et l’abstraction de la figure humaine chez le créateur de cette idole, qui est parvenu à une géométrisation de la forme en réduisant la figure à l’essentiel. On remarque également le graphisme qui décore l’hypothétique tenue. Comme nous l’avons vu, il s’agit de formes géométriques qui constituent un module répétitif, produisant un quadrillage qui rappelle les patrons ou les motifs également utilisés dans la mode actuelle. Un design très harmonieux, qui soigne des aspects fondamentaux de la composition tels que la proportion, la répétition, le rythme et la symétrie, mais qui ne nous permet pas de comprendre les intentions de son auteur/e, en l’absence d’un code nous permettant de l’interpréter. Ces modules, qui suivent une tendance nettement abstraite, sont très présents dans la mode actuelle.

Idolo placa calcolítico

Idolo placa calcolítico
Sala 7. Vitrina 7.6

L’ÉLÉGANCE DE L’OR

« La simplicité poussée à l’extrême devient élégance »
Jon Franklin

De nombreux objets en or de la fin de l’âge du bronze, généralement des ornements féminins, ont été découverts. La plupart d’entre eux viennent de dépôts ou de trésors enterrés, considérés comme des offrandes probablement réalisées dans l’intention de les récupérer ultérieurement.

Parmi ces objets se distinguent certains bijoux confectionnés en or massif : le bracelet d’Estremoz, réalisé selon la technique sophistiquée de la coulée à la cire perdue, et les torques de Berzocana ou le double torque de Sagrajas, décorés de simples formes géométriques incisées. Les bols d’Axtroki, qui étaient peut-être des calottes ou des casques cérémoniels, dotés d’un décor au repoussé, partagent avec les bijoux leur élégante simplicité.

L’or, matière dans laquelle ces objets ont été fabriqués, est un minerai tendre et malléable, facile à travailler et d’une couleur intense et brillante. Il a permis et permet encore aujourd’hui de confectionner un large éventail de modèles originaux et simples qui n’ont pas besoin d’artifices pour faire ressortir leur beauté et leur élégance naturelles. Grâce à ces propriétés intrinsèques, l’or a été, depuis des temps reculés, un symbole de richesse et de pouvoir, très apprécié comme élément de prestige et de représentation sociale.

Outre ces caractéristiques, tous ces bijoux (torques, brassards, bracelets, etc.) attestent que les orfèvres de la Préhistoire employaient déjà, pour créer des modèles et des ornements plus ou moins complexes, bon nombre des techniques de fabrication et de décoration encore utilisées de nos jours en bijouterie, comme le montre le collier moderne à décoration géométrique incisée. Plus tard, l’arrivée des Phéniciens a élargi les possibilités techniques de l’orfèvrerie appliquées à la conception de bijoux et d’objets précieux, permettant de multiplier les modèles en or, comme nous le verrons dans le texte suivant.

Bronce de Berzocana

Orfebrería del bronce final. Bronce de Berzocana
Sala 9. Vitrina 9.10

BEAUTÉ ET TECHNIQUE

« Le design constitue le point d’équilibre de la science et de l’art »
Robin Mathew

Ces intéressants bijoux en or du VIIe siècle av. J.-C. font partie d’un trésor de grande valeur lié à la culture tartessienne et connu sous le nom de la localité où il a été trouvé, dans la province de Cáceres. Ces bijoux en or sont des ornements personnels, féminins pour la plupart (bagues, bracelets, diadèmes, boucles d’oreille), réalisés dans un atelier local selon des techniques d’influence orientale encore employées de nos jours (soudure, filigrane et granulation), mais aussi des techniques relevant de la tradition autochtone (laminé et repoussé). Le diadème et la ceinture sont d’une extrême perfection. Sur le premier, l’emploi du filigrane d’or dessine des motifs rappelant la dentelle, où l’espace occupé s’avère aussi important que l’espace vide. Quant à la ceinture, elle se distingue par la granulation en or qui couvre des surfaces prédéterminées. Les divers motifs ornementaux de ces bijoux sont également d’inspiration orientale : palmettes, rosettes, fleurs de lotus, héros (Melkart) et lion combattant…

La minutie et la beauté de leur facture sont encore appréciables. Les techniques de fabrication, qui sont également des techniques décoratives, sont entièrement artisanales et prévalent actuellement face à la standardisation issue de la révolution industrielle. Outre ces aspects, la matière première choisie pour leur fabrication joua un rôle décisif. En effet, l’or déterminait non seulement la technique d’élaboration et l’esthétique, mais aussi le statut social du futur ou de la future propriétaire. Une fois de plus, la fonction symbolique des objets entre en jeu. Des maisons prestigieuses comme Tiffany & Co ou Dolce & Gabbana font appel à ces techniques dans leurs collections pour apporter à leurs bijoux la valeur ajoutée que confèrent l’exclusivité et la beauté d’un travail artisanal au design raffiné.

Joyas del Tesoro de Aliseda

Joyas del Tesoro de Aliseda
Sala 10. Vitrina 10.11

UNE ARME EFFICACE

« Pour créer, il faut d’abord remettre en question »
Eileen Gray

Cette falcata d’Almedinilla (Cordoue) est une épée en fer à double tranchant caractéristique des Ibères, datée du IVe au IIIe siècle av. J.-C. Elle est fabriquée au moyen de trois lames soudées. La couche centrale se prolonge et constitue le noyau métallique de la poignée, normalement en forme d’animal protecteur. Jusqu’à la fin de l’âge du bronze, les épées servaient uniquement à piquer avec la pointe, mais la falcata pouvait également couper avec le tranchant de la lame. La poignée et la pointe de la lame sont damasquinées. Le damasquinage est un procédé décoratif qui consiste à incruster, en martelant un fil de métal riche, dans ce cas de l’argent, sur un autre métal plus pauvre, dans ce cas du fer. Il s’agit non seulement d’une arme complexe et fonctionnelle, mais elle possédait aussi une valeur symbolique car elle témoignait de la richesse et du statut social de son propriétaire, comme le font certains objets de nos jours.

L’étude approfondie de cet objet permet de constater qu’il est issu de la réflexion et de l’expérience. Tout un processus de conception préalable a permis de le définir et de l’adapter aux besoins de celui qui le manie. Tous les détails obéissent à une certaine logique et rien n’est laissé au hasard, afin qu’il remplisse sa fonction de manière optimale. En effet, pour pouvoir créer, il faut d’abord tout remettre en question. Le résultat est un design résistant et cohérent avec la finalité de sa conception : la guerre. Sa forme courbe et asymétrique répartit le poids pour concentrer dans l’épée toute la force du mouvement, tandis que la jonction avec la poignée est renforcée afin de la consolider. La lame à double tranchant assure un usage polyvalent et les fentes pratiquées sur la lame, outre leur valeur esthétique, allègent l’arme sans diminuer sa résistance. Actuellement, des armes à double tranchant comparables aux falcatas seraient les grands couteaux de combat militaires spécialement pensés et conçus pour la guerre et la survie.

Falcata ibérica

Falcata ibérica
Sala 11. Vitrina 11.5

UN DESIGN À DOUBLE USAGE

« Le design… est un style de vie »
Alan Fletcher

Sur la face principale de ce cratère attique en cloche à figures rouges, le décor représente une scène de banquet (symposium) avec six hommes allongés deux par deux sur une banquette et, au centre, une femme jouant de la double flûte (aulos). Dans la Grèce antique, où cet objet fut fabriqué au IVe siècle av. J.-C., c’était un récipient destiné à contenir du vin coupé d’eau lors d’un banquet où les hommes de la haute société grecque avaient le privilège de boire ensemble, se livrant à un rite sacré en l’honneur du dieu Dionysos. Sa fonctionnalité l’emporte sur d’autres considérations et c’est précisément ce qui permet de mettre en relief les aspects formels, ergonomiques et structurels qui déterminent son intégrité organique. Loin d’être capricieuse, sa forme correspond à un motif précis. Son corps, doté d’une profonde cavité, facilite le mélange d’eau et de vin, tandis que son ouverture évasée permet de verser le mélange et que les poignées s’adaptent aux mains pour mieux le tenir. D’une taille convenant à la manipulation humaine, il était fabriqué en terre cuite pour assurer une bonne température et favoriser la conservation du contenu. Quant à son design soigné, ses formes courbes et organiques lui donnent du mouvement et de l’harmonie, s’équilibrant autour d’un axe de symétrie.

Cependant, ce cratère a été découvert dans le tombeau 43 de la nécropole ibérique de Baza, très loin de là où il a été créé. Il faisait partie du trousseau funéraire de trois personnes dont les os brûlés furent introduits dans ce cratère attique et dans deux autres similaires. Pour les Ibères, les cratères conférait à leur propriétaire un certain prestige personnel. Ils les utilisaient donc comme des urnes cinéraires, une fonction très différente de celle pour laquelle ils étaient conçus. Ce double usage renvoie à un concept très actuel, la « deuxième vie » ou le recyclage des objets, qui assument une nouvelle fonction en fonction de la société qui les réutilise et de ses modes de vie. Par exemple, aujourd’hui, des tonneaux destinés au vin ont été transformé en instruments de percussion.

 

Cratera de la Tumba 43 de Baza

Cratera de la Tumba 43 de Baza (Granada)
Sala 11. Vitrina 11.12

ÉLÉGANCE ATEMPORELLE

« Les modes passent, le style est éternel »
Yves Saint Laurent

Cette sculpture en pierre est une icône de la culture ibérique et un trésor précieux du Museo Arqueológico Nacional. Réalisée par un sculpteur grec ou formé dans des ateliers grecs à la fin du Ve siècle – début du IVe siècle av. J.-C., elle a été découverte par hasard sur le site de La Alcudia (Elche, Alicante) en 1897. Elle représente une dame au visage idéalisé, richement vêtue et parée de bijoux, qui était initialement polychromée et dont les yeux étaient remplis de pâte vitreuse. Tout cela contribuait à lui donner une allure distinguée, qu’elle conserve encore malgré la disparition de la polychromie. Dans le dos, elle possède une cavité dont la fonction est incertaine : cela pouvait être le réceptacle des restes d’une crémation, un reliquaire, un dépôt d’offrandes ou un orifice destiné à fixer un élément de suspension.

Sa coiffe caractéristique se compose de deux grands cercles qui étaient probablement en métal et devaient servir à maintenir les cheveux en spirale. Elle porte sur la tête une tiare pointue surmontée d’une mantille ornée d’un diadème. Elle est vêtue d’une tunique, d’une toge et d’une cape ouverte qui met en valeur ses riches bijoux. Cette tenue et l’orfèvrerie, reflétant la mode ibérique, trouvent leur pendant en Méditerranée, où les bijoux avaient une valeur esthétique et symbolique.

La minutie des détails et le soin apporté à la configuration et à la proportion ont permis à l’auteur de réaliser une statue aux traits superbes et visuellement attrayante, où la symétrie verticale renforce la sensation d’équilibre. Pour toutes ces raisons, la Dame d’Elche a été considérée comme une icône de beauté et un modèle d’inspiration qui a perduré au fil du temps, puisque ses caractéristiques essentielles et les élégants cercles font encore partie aujourd’hui de la coiffe traditionnelle des falleras de Valence.

Dama de elche

Dama de elche
Sala 13. Vitrina 13.1

ÉQUIPEMENT DE GUERRIER. DES DESIGNS À PORTER

« La fonction du design consiste à laisser le design fonctionner »
M. Commeren

Cet ensemble d’objets (une épée, deux lances et un couteau en fer) fut découvert dans un même fourreau, qui était muni de tiges de guidage et d’anneaux mobiles latéraux qui permettaient de le porter en bandoulière à l’aide d’une courroie.

Ces armes faisaient partie du trousseau funéraire d’un guerrier qui a été découvert dans un tombeau de la nécropole de Val (Alpanseque, Soria) daté du Ve-IVe siècle av. J.-C. Ces armes offensives, accompagnées d’autres armes défensives (un bouclier et les restes d’un casque) et d’un mors de cheval également trouvés dans ce tombeau, indiquent qu’il appartenait à un guerrier à cheval qui devait faire partie de l’élite sociale celtibérique.

On trouve chez les auteurs classiques de nombreux éloges des armes celtibériques et de la technique métallurgique associée. De fait, bon nombre d’entre elles furent adoptées ou imitées par les Romains. Cet ensemble constitue le premier modèle d’équipement portatif qui permettait de regrouper et de transporter facilement les armes d’un endroit à l’autre. Les Celtibères souhaitaient sans aucun doute se faciliter la vie et cherchaient des solutions qui s’avéraient pratiques et commodes, sur la base des éléments du design adapté à la résolution d’un problème : économie de moyens, de temps, d’efforts et d’espace. Il est surprenant de retrouver le fondement d’un concept que l’on considère très actuel dans l’équipement d’un guerrier si éloigné de nous… En effet, la valeur du design, au-delà des progrès technologiques, réside dans l’idée. Dans ce cas, il s’agit de ce que l’on pourrait appeler le premier « équipement au format portable » qui est très utile aujourd’hui, compte tenu du rythme frénétique et des déplacements permanents de la vie actuelle. C’est par exemple le cas des « kits de couture » ou des nécessaires à couture de voyage.

Equipo de guerrero

Equipo de guerrero
Sala 14. Vitrina 14.8

DESIGN STYLISÉ

« Design : La capacité de simplifier signifie éliminer le superflu pour que le nécessaire puisse parler »
Hans Hofmann

Les taureaux de Costitx sont des sculptures en bronze coulé découvertes dans le sanctuaire majorquin de San Corró (Costitx, Majorque). Ils appartiennent à la culture post-talayotique des Baléares et ont été datés du Ve au IIIe siècle av. J.-C. Ils étaient conçus pour être accrochés au mur du sanctuaire où l’on célébrait des rituels spécifiques. Leur présence révèle la pratique d’un culture d’une divinité taurine, originaire des cultures du Proche-Orient et de la Méditerranée. Leur union avec la grande déesse-mère vénérée dans l’Antiquité sur le pourtour méditerranéen assurait le renouvellement de la végétation, l’abondance des récoltes, la fécondité du bétail et en conséquence, la survie de ces communautés post-talayotiques dont l’économie était essentiellement basée sur l’élevage.

Sur le plan formel, ils attirent l’attention par leur taille, leur facture soignée et leur remarquable réalisme. Creux à l’intérieur, ils ont été réalisés selon la technique de la fonte à la cire perdue, à l’exception de certains détails sculptés au burin. Citons en particulier les cornes en forme de lyre qui, avec les oreilles, ont été coulées séparément.

Ce design se distingue par la stylisation, l’élégance et la pureté et la simplicité de la forme, tout aspect superflu étant éliminé. Bien que dépouillé de tout élément superficiel, l’objet reste parfaitement identifiable. Il s’agit d’un design intuitif et facile à comprendre, discret et cohérent dans ses détails. Il recherche la beauté à travers la simplicité des formes, des couleurs et des textures, ce qui dénote un choix pertinent de matériaux et de finitions. On a suivi des critères de symétrie et de composition des parties qui le constituent, tandis que les courbes rappellent des formes organiques. De par son caractère éminemment esthétique, ce design a le pouvoir inhérent de fasciner ceux qui le contemplent.

Il est frappant de constater que cette représentation neutre et sobre pourrait tout à fait être comparée à la tête de taureau réalisée par Picasso en plein XXe siècle à l’aide d’un guidon et d’une selle de vélo.

 

Mais ce n’est pas fini… l’histoire du design continue.

Toros de costix

Toros de costix
Sala 15. frente a vitrina 15.12